UN AN APRÈS LA MORT DE DARLIN CANALES

UN AN APRÈS LA MORT DE DARLIN CANALES : SÉCURITÉ, VIVRE-ENSEMBLE ET MÉDIATION COMMUNAUTAIRE DANS NOS QUARTIERS

Au mois de septembre prochain, cela fera un an que Darlin Canales, un jeune mineur habitant de la plaça de la Farga, dans le quartier de la Bordeta à Barcelone, est décédé après avoir été poignardé dans le Calaix de Sants, dans le quartier de Badal.

À l’époque, j’avais eu l’occasion de parler de Darlin sur ce blog et d’interviewer son père. Aujourd’hui, alors que nous approchons du premier anniversaire de cet événement si douloureux, je pense que le moment est venu de nous souvenir à nouveau de lui, mais aussi de nous poser une question qui va bien au-delà d’un cas particulier : que pouvons-nous faire pour construire des quartiers plus sûrs, plus solidaires et capables de prévenir les conflits avant qu’ils ne s’aggravent ?

La réponse n’est pas simple, car la sécurité et le vivre-ensemble dans les quartiers dépendent de nombreux facteurs. Nous avons évidemment besoin de moyens policiers, de prévention et d’une capacité de réponse face aux actes délictueux. Mais l’expérience quotidienne dans nos quartiers nous montre également que la sécurité est étroitement liée à l’entretien de l’espace public, à l’éducation, à la prévention des conflits, au travail communautaire, à la participation citoyenne et à l’existence de canaux permanents de dialogue entre les habitants, les associations et les administrations.

C’est précisément dans le cadre de cette vision plus large que je considère que la médiation communautaire, la prévention des conflits et les pratiques restauratives peuvent également apporter une contribution importante.

 

Le vivre-ensemble dans les quartiers est aussi une forme de prévention

Lorsque nous parlons de sécurité publique, nous pensons naturellement à la police, à la surveillance et à la prévention de la délinquance. Tout cela est nécessaire, mais la réalité d’un quartier est beaucoup plus complexe et de nombreux facteurs conditionnent aussi bien la sécurité objective que la perception que nous avons des lieux dans lesquels nous vivons.

Une place mal éclairée, un espace public dégradé, des conflits récurrents liés au bruit, des comportements inciviques, des tensions entre différents groupes, des problèmes liés à certains usages de l’espace public ou l’absence de dialogue entre les habitants et l’administration peuvent progressivement générer un sentiment d’abandon et une détérioration du vivre-ensemble.

Tous ces problèmes ne relèvent pas de la police et, précisément pour cette raison, ils ne peuvent pas non plus être résolus exclusivement par des réponses policières. La prévention des conflits communautaires nécessite une approche plus large, capable d’associer sécurité, urbanisme, éducation, services sociaux, participation citoyenne, travail communautaire ainsi que mécanismes de dialogue et de médiation.

Le vivre-ensemble se construit chaque jour et commence souvent par des questions apparemment mineures. Certains conflits qui finissent par se détériorer avec le temps étaient au départ des problèmes beaucoup plus simples, qui n’ont pas été détectés suffisamment tôt, qui n’ont pas été abordés de manière appropriée ou qui n’ont pas trouvé un espace permettant aux personnes concernées de dialoguer et de rechercher des solutions.

 

Médiation communautaire à Barcelone : intervenir avant que le conflit ne se détériore

La médiation communautaire peut être particulièrement utile face aux conflits liés au voisinage, à l’utilisation partagée de l’espace public, au bruit, à certaines activités économiques, aux relations interculturelles, aux copropriétés, aux relations intergénérationnelles ou aux tensions susceptibles d’apparaître entre différents groupes partageant un même quartier.

Il convient toutefois de définir très clairement ses limites. La médiation ne remplace ni la police, ni les tribunaux, ni les administrations publiques. Lorsqu’il existe une infraction, une situation de violence ou un risque pour les personnes, les organismes compétents doivent intervenir.

Mais entre une coexistence parfaitement pacifique et un comportement délictueux, il existe un espace très vaste dans lequel nous pouvons agir. C’est précisément dans cet espace que la médiation des conflits communautaires et de voisinage peut contribuer à rétablir la communication, à identifier les besoins et les intérêts, à réduire les tensions, à rechercher des accords et, dans certains cas, à éviter qu’un conflit ne continue à s’aggraver.

Une bonne politique du vivre-ensemble devrait être capable d’intervenir également à ces premiers stades, et pas uniquement lorsque le problème est déjà devenu une situation grave. Prévenir un conflit ne signifie ni le dissimuler ni éviter d’en parler. Bien souvent, cela signifie exactement le contraire : le détecter, le reconnaître et créer les conditions nécessaires pour pouvoir l’aborder avant qu’il ne se détériore.

 

Pratiques restauratives, prévention et communauté

Parallèlement à la médiation communautaire, les pratiques restauratives offrent une perspective particulièrement intéressante pour travailler sur le vivre-ensemble. Leur objectif ne consiste pas simplement à déterminer qui a raison et qui a tort, mais à travailler sur les relations, à favoriser la prise de responsabilité, à comprendre comment certains comportements affectent d’autres personnes et à reconstruire, chaque fois que cela est possible, les liens au sein d’une communauté.

Dans un quartier, cette approche peut être particulièrement précieuse, car une communauté n’est pas uniquement constituée de rues, d’immeubles et de places. Elle est composée de personnes qui partagent des espaces et qui doivent trouver des façons de vivre ensemble : habitants et habitantes, jeunes, personnes âgées, commerçants, associations, établissements scolaires, services publics, forces de police, professionnels du secteur social et administrations.

Tous font partie d’un même écosystème communautaire. Lorsqu’il existe de la communication, de la confiance et des canaux de dialogue, certains problèmes peuvent être détectés et abordés plus tôt. Lorsque cette communication disparaît ou que les différents acteurs cessent de s’écouter, il devient beaucoup plus facile pour les conflits de s’enliser et pour de petites tensions de finir par devenir des problèmes de coexistence beaucoup plus difficiles à gérer.

C’est pourquoi les pratiques restauratives et la médiation communautaire ne devraient pas être envisagées uniquement comme des outils permettant d’intervenir une fois que le conflit s’est déjà produit. Elles peuvent également faire partie d’une culture de prévention, de dialogue, de coresponsabilité et d’attention portée aux relations au sein de nos quartiers.

 

Participation citoyenne : les habitants doivent également faire partie des solutions

Il existe un autre élément que je considère comme fondamental pour améliorer le vivre-ensemble et prévenir les conflits : la participation citoyenne.

Les associations de quartier connaissent directement de nombreuses situations qui se produisent quotidiennement dans nos quartiers. Nous recevons des plaintes, des propositions, des préoccupations, mais également des idées de personnes qui vivent dans les rues et sur les places à propos desquelles des décisions devront ensuite être prises. Cette connaissance de proximité peut être très utile s’il existe des mécanismes appropriés permettant de la transmettre aux administrations.

C’est pourquoi je considère qu’il est important de maintenir des canaux permanents de dialogue entre les administrations, le mouvement associatif de quartier et l’ensemble des organisations du territoire. La participation citoyenne ne devrait pas être comprise uniquement comme la possibilité de protester lorsqu’un problème apparaît. Participer signifie également écouter, proposer, dialoguer, collaborer et construire ensemble des solutions.

Dans ce contexte, au sein de l’Associació de Veïns i Veïnes de la Plaça de la Farga, nous avons lancé une campagne de collecte de signatures qui a déjà dépassé les 300 soutiens, avec différentes propositions visant à améliorer la sécurité et le vivre-ensemble dans nos quartiers.

Parmi les mesures proposées figurent l’amélioration de l’éclairage dans les espaces où la visibilité est insuffisante, le renforcement de la présence policière et des patrouilles de proximité et à pied, le rétablissement de dispositifs de surveillance dans les places et les espaces publics, une présence accrue d’éducateurs et d’éducatrices de quartier, l’étude de systèmes de vidéosurveillance dans certains espaces particulièrement sensibles ainsi que l’évaluation d’aménagements urbains susceptibles de contribuer à prévenir les situations à risque.

Au-delà du nombre concret de signatures recueillies, cette initiative exprime quelque chose que je considère comme particulièrement important : la volonté de nombreuses personnes de participer, de proposer et de contribuer activement à améliorer le lieu où elles vivent. La participation citoyenne peut également être un outil de prévention et de construction du vivre-ensemble.

 

Barcelone et L’Hospitalet : les conflits communautaires ne connaissent pas les frontières administratives

Le Calaix de Sants, dans le quartier de Badal, où s’est produite l’agression qui a coûté la vie à Darlin, se trouve dans un environnement urbain proche de L’Hospitalet de Llobregat. Cette circonstance nous invite également à réfléchir à une réalité métropolitaine que nous oublions parfois : les quartiers et les problèmes de coexistence ne s’arrêtent pas nécessairement là où apparaît une frontière administrative sur une carte.

Les personnes se déplacent continuellement entre Barcelone et L’Hospitalet pour étudier, travailler, faire leurs achats, pratiquer un sport, utiliser les transports publics, retrouver des amis ou simplement vivre leur quotidien. Dans de nombreux secteurs, les deux communes font partie d’une réalité urbaine étroitement interconnectée.

Il est donc intéressant de s’intéresser également aux expériences de médiation communautaire à L’Hospitalet de Llobregat, ainsi qu’aux initiatives en matière de vivre-ensemble, de prévention des conflits et de travail communautaire développées dans les communes de l’aire métropolitaine de Barcelone.

Les conflits communautaires et de voisinage connaissent peu les frontières municipales. C’est pourquoi, notamment dans les zones où se rencontrent des quartiers appartenant à différentes communes, la coordination entre administrations, services publics, professionnels, associations et citoyens peut revêtir une importance encore plus grande.

Le vivre-ensemble à l’échelle métropolitaine exige également la capacité de partager des expériences, d’apprendre de ce qui fonctionne dans d’autres territoires et de développer des politiques de prévention et de résolution des conflits qui prennent en compte la réalité quotidienne des personnes.

 

Sécurité, vivre-ensemble et médiation : nous avons besoin de réponses complémentaires

Ces dernières semaines, nous avons également appris une nouvelle positive : au cours de ce mois d’août, il est prévu de renforcer les effectifs des Mossos d’Esquadra dans le district de Sants-Montjuïc. Face à l’augmentation des vols constatée, une présence policière accrue peut contribuer à améliorer aussi bien la sécurité que le sentiment de sécurité des habitants.

Je pense toutefois que ce serait une erreur de présenter ce débat comme un choix entre police ou médiation, surveillance ou éducation, sécurité ou participation citoyenne. Il ne s’agit pas d’alternatives incompatibles, mais de réponses différentes et complémentaires à des problèmes différents.

Nous avons besoin d’une intervention policière lorsqu’une situation relève de la police, ainsi que de professionnels des secteurs social et éducatif lorsque certaines situations nécessitent ce type d’intervention. De la même manière, nous avons besoin d’espaces publics entretenus, d’un urbanisme qui favorise le vivre-ensemble, d’associations actives et de citoyens disposant de moyens pour participer aux décisions qui concernent leur environnement. Nous avons également besoin de médiation communautaire, de dialogue et de pratiques restauratives lorsque des conflits peuvent encore être abordés par la communication, la prévention et la recherche de solutions partagées.

L’une des clés pour améliorer la sécurité et le vivre-ensemble dans nos quartiers consiste probablement à apprendre à utiliser chaque outil au bon moment, en coordonnant les ressources et en évitant d’attendre que les problèmes aient atteint un niveau de détérioration qui rende leur résolution beaucoup plus difficile.

 

Un an après : se souvenir signifie aussi apprendre

Lorsque nous arriverons au premier anniversaire de la mort de Darlin, il sera inévitable de repenser à ce qui s’est passé, en particulier pour sa famille et pour les personnes qui l’ont connu, mais également pour un quartier qui a vécu cet événement avec une immense tristesse.

Nous ne pouvons pas changer ce qui s’est passé, mais nous pouvons nous demander ce que nous avons appris et ce que nous pouvons faire désormais. Nous pouvons améliorer nos espaces publics et renforcer la prévention, mieux écouter nos jeunes, favoriser une présence accrue de professionnels dans les rues et sur les places, améliorer la coordination entre les administrations et créer de meilleurs canaux de participation citoyenne. Nous pouvons également intervenir plus tôt lorsque commencent à apparaître des problèmes de vivre-ensemble et des conflits communautaires.

La médiation ne peut pas résoudre tous les problèmes d’une ville et prétendre le contraire reviendrait à méconnaître ses propres limites. Cependant, la médiation communautaire, la prévention des conflits, le dialogue et les pratiques restauratives peuvent contribuer à construire des communautés davantage capables de gérer leurs différences, d’affronter leurs conflits et de réagir avant que certaines situations ne se détériorent.

Après de nombreuses années consacrées à la fois à la médiation et au mouvement associatif de quartier, je suis de plus en plus convaincu d’une idée simple : le vivre-ensemble ne se construit pas uniquement lorsqu’un conflit apparaît ; il se construit bien avant, dans les relations quotidiennes, dans l’attention portée aux espaces partagés, dans notre capacité à nous écouter et dans notre volonté d’affronter les problèmes lorsqu’il est encore temps de trouver des solutions.

Se souvenir de Darlin peut aussi signifier cela. Nous demander, chacun à partir de notre propre responsabilité, ce que nous pouvons faire pour construire des quartiers plus sûrs, plus solidaires, plus participatifs et offrant un meilleur vivre-ensemble pour tous, et continuer à travailler ensemble pour y parvenir.

 

Plus d’informations sur l’initiative citoyenne

L’Associació de Veïns i Veïnes de la Plaça de la Farga poursuit sa campagne de collecte de signatures afin de promouvoir des améliorations en matière de sécurité et de vivre-ensemble. L’initiative a déjà reçu le soutien de plus de 300 personnes et se poursuivra au cours des prochaines semaines, à l’approche du premier anniversaire de la mort de Darlin.

Vous pouvez consulter davantage d’informations sur cette initiative et sur le souvenir de Darlin dans cet article de l’Association :

https://www.avplacafarga.cat/en-record-de-darlin-menjady-i-per-la-seguretat-del-nostre-veinat/

 

Médiation communautaire, conflits de voisinage et pratiques restauratives

Pour toute question concernant la médiation communautaire à Barcelone, les conflits de voisinage, le vivre-ensemble dans les quartiers, la médiation en copropriété, la prévention et la résolution des conflits, les pratiques restauratives ou la participation communautaire, vous pouvez me contacter :

Daniel Sererols Villalón
Médiateur de conflits · Avocat
Barcelone

📞 Tél. 661 463 306
✉️ Courriel : daniel@mediadorconflictos.com