« Pour quand une politique publique en matière de coexistence et de médiation? »

« Pour quand une politique publique en matière de coexistence et de médiation? »

Telle est la question qu’a formulée le 24 décembre 2025 Javier Wilhelm Wainsztein, psychothérapeute pour adultes, adolescents et couples, et médiateur professionnel dans les domaines familial et organisationnel. Cette réflexion est née à la suite d’une publication que j’ai partagée sur LinkedIn à propos de la dernière réunion annuelle du Conseil de la Ville de Barcelone (Consell de Ciutat de Barcelona), un espace institutionnel clé de participation, de dialogue et de réflexion sur la ville.

Loin d’être une simple observation rhétorique, cette question contient une interpellation profonde sur le modèle de gestion des conflits dans nos villes et, plus particulièrement, sur la place qu’occupe -ou devrait occuper- la médiation au sein des politiques publiques de coexistence, notamment à Barcelone.

 

La médiation, oui, mais comme politique publique?

Barcelone dispose depuis des années de services, de programmes et de professionnels de la médiation dans des domaines variés : voisinage, communauté, interculturalité, logement, espace public ou consommation. Il existe une expérience accumulée, un savoir-faire technique et des professionnels qualifiés.

Toutefois, d’un point de vue structurel, il convient de se demander si la médiation fonctionne réellement comme une politique publique à l’échelle de la ville, ou plutôt comme un ensemble de ressources dispersées, gérées par différentes directions municipales et, dans de nombreux cas, avec une entrée essentiellement territorialisée par district.

Une politique publique ne se définit pas uniquement par l’existence de services. Elle implique:

  • Une priorité politique explicite
  • Un leadership institutionnel visible
  • Une cohérence entre les différents domaines (coexistence, sécurité, justice, services sociaux, logement)
  • Une continuité dans le temps
  • Une évaluation, un effort pédagogique et un récit clair à destination de la citoyenneté

C’est précisément à ce stade que la question formulée par Javier Wilhelm Wainsztein prend tout son sens.

 

Le contraste avec d’autres modèles municipaux : le cas de L’Hospitalet de Llobregat

Dans l’environnement métropolitain, on trouve des modèles particulièrement intéressants, comme celui de L’Hospitalet de Llobregat, qui a fait le choix d’un Service de Médiation Communautaire clairement identifié, doté d’un point d’entrée centralisé, d’une équipe reconnaissable, d’un responsable visible et d’une coordination efficace avec d’autres services municipaux, y compris ceux liés à la coexistence et à la sécurité.

Ce modèle n’élimine pas la complexité des conflits urbains, mais il apporte :

  • Une clarté institutionnelle
  • Une accessibilité accrue pour la population
  • Des circuits de saisine clairement définis
  • Un récit politique cohérent en matière de coexistence et de médiation

Il ne s’agit pas de transposer mécaniquement un modèle d’une commune à une autre, mais de constater que la centralité et la visibilité institutionnelle de la médiation renforcent son efficacité et sa légitimité sociale.

 

Coexistence, incivilité et une opportunité politique à Barcelone

Barcelone se trouve actuellement dans un moment particulièrement significatif en matière de coexistence urbaine. La municipalité mène des politiques résolues de lutte contre l’incivilité, parmi lesquelles figure la réforme des ordonnances municipales, dans le but d’actualiser un cadre réglementaire qui datait en grande partie de 2005.

Ces mesures, nécessaires et à bien des égards pertinents, renforcent la capacité d’intervention municipale face aux comportements inciviques. Toutefois, toute politique de coexistence efficace doit aller au-delà de la norme et de la sanction.

La sanction est indispensable dans certains cas, mais elle ne peut constituer l’unique réponse. La prévention, le dialogue et la médiation sont des outils essentiels pour éviter la chronicisation des conflits, réduire la récidive et préserver les relations de voisinage et communautaires.

La réforme de l’Ordonnance de coexistence : ce qui a été adopté et ce qui entrera en vigueur

Il convient de préciser, d’un point de vue technique, l’état actuel de la réforme de l’Ordonnance de coexistence (ou Ordonnance de civisme) de la Ville de Barcelone, afin de situer correctement le débat.

Le nouveau texte de l’Ordonnance a été approuvé par le Conseil municipal en décembre 2025, aboutissant à un processus de révision d’une réglementation en vigueur depuis près de vingt ans. Cette réforme introduit un cadre actualisé, avec de nouvelles infractions, des circonstances aggravantes et des mécanismes visant à améliorer l’efficacité de l’action municipale face à l’incivilité.

Cependant, l’entrée en vigueur et l’application pratique de cette réglementation ne sont pas immédiates. Après l’approbation en séance plénière, les démarches administratives requises -publication officielle et délais réglementaires- doivent être accomplies, de sorte que la mise en œuvre effective est prévue courant 2026, vraisemblablement au cours des premiers mois de l’année.

Il est particulièrement important de souligner que la réforme ne se limite pas à un durcissement des sanctions, mais qu’elle intègre également une approche préventive et sociale, incluant des références à des mesures alternatives et à des mécanismes de médiation dans les situations où une réponse exclusivement punitive se révèle inefficace, notamment dans des contextes de vulnérabilité.

Ce calendrier et cette approche font de la réforme de l’Ordonnance une opportunité stratégique pour que Barcelone accompagne le renforcement normatif d’une définition claire et explicite de sa politique publique de médiation et de coexistence, en intégrant sanction, prévention et gestion dialoguée des conflits dans un cadre cohérent.

 

Médiation et autorité: une fausse dichotomie

L’un des grands malentendus du débat public consiste à opposer médiation et ordre public. Il ne s’agit pas de notions antagonistes, mais complémentaires.

Une ville mature est celle qui :

  • Sanctionne lorsque cela est nécessaire
  • Privilégie la médiation lorsque cela est possible
  • Prévient avant que le conflit ne s’aggrave

La médiation n’affaiblit pas l’autorité; au contraire, elle la renforce, en intervenant avant que le conflit ne s’enkyste et ne finisse par être judiciarisé ou sanctionné de manière répétée.

 

Une question qui interpelle la ville

La question formulée par Javier Wilhelm Wainsztein ne s’adresse ni à un professionnel en particulier ni à un collectif spécifique. Elle s’adresse à la ville en tant que projet politique :

Souhaitons-nous continuer à gérer les conflits uniquement lorsqu’ils éclatent,
ou voulons-nous construire une politique publique de coexistence fondée également sur le dialogue ?

Barcelone dispose du talent professionnel, de l’expérience accumulée et du cadre normatif nécessaires pour franchir cette étape. Ce qui fait défaut, c’est de faire de la médiation un engagement politique clair, visible et structurel, identifiable pour la citoyenneté et inscrit dans la durée.

 

Conclusion : le moment est venu

La réforme des ordonnances municipales, la Loi organique 1/2025 et la complexité croissante de la coexistence urbaine font de ce moment une période particulièrement propice pour répondre à la question qui donne son titre à cet article :

Pour quand une politique publique en matière de coexistence et de médiation ?

La réponse n’est peut-être pas une date précise, mais une décision politique courageuse, qui considère la médiation non comme un outil accessoire, mais comme un pilier essentiel de la coexistence démocratique.

 

Contact sans engagement:

Daniel Sererols Villalón, avocat-médiateur
📞 Tél. 661 463 306
📧 daniel@mediadorconflictos.com