01 Jan Entretien avec Raúl Gómez Ojados, médiateur et expert judiciaire à Carthagène
Entretien avec Raúl Gómez Ojados, médiateur et expert judiciaire à Carthagène
La médiation dans la Région de Murcie : dialogue, justice et avenir
Introduction. La médiation en Espagne et le nouveau cadre juridique
La médiation en Espagne traverse un moment décisif. L’entrée en vigueur de la Loi organique 1/2025, qui renforce les Modes Appropriés de Résolution des Controverses (MARC) et introduit l’exigence de procédabilité, a placé la médiation au centre du système judiciaire. Le législateur mise sur la réduction de la judiciarisation, l’allègement de la surcharge des tribunaux et la promotion d’une culture du dialogue, de la coresponsabilité et des accords durables.
Dans ce nouveau contexte, le travail des professionnels de la médiation sur le territoire revêt une importance particulière : ceux qui œuvrent au plus près des conflits, en collaboration avec les avocats, les tribunaux et les institutions, et qui rapprochent la médiation des citoyens. L’un d’eux est Raúl Gómez Ojados, médiateur et expert judiciaire basé à Carthagène, figure active dans la diffusion de la médiation dans la Région de Murcie, collaborateur habituel des opérateurs juridiques et avec qui j’entretiens une relation d’amitié.
La Région de Murcie et le contexte territorial de la médiation
La Région de Murcie est une communauté autonome du sud-est de l’Espagne comptant environ 1,57 million d’habitants. Elle se caractérise par un tissu économique diversifié, une activité agricole, industrielle et de services importante, ainsi qu’une organisation territoriale structurée autour de plusieurs pôles urbains majeurs.
La ville de Murcie, capitale de la communauté, compte environ 475 000 habitants, tandis que Carthagène, ville portuaire d’un grand poids historique, économique et culturel, dépasse les 220 000 habitants. Ces deux villes concentrent une grande partie de l’activité judiciaire, administrative et professionnelle de la région.
Du point de vue judiciaire, la Région de Murcie est organisée en 11 circonscriptions judiciaires et, comme dans le reste de l’État, elle fait face à une charge de travail élevée dans les juridictions, en particulier en matière civile. Ce contexte rend particulièrement pertinent le développement et la consolidation de la médiation civile, commerciale, familiale et communautaire comme voie complémentaire — et dans de nombreux cas prioritaire — à la voie judiciaire.
Qui est Raúl Gómez Ojados ?
Raúl Gómez Ojados est médiateur, expert judiciaire et consultant juridique. Dans sa pratique professionnelle, il combine la médiation des conflits, la rédaction de rapports d’expertise et une collaboration étroite avec les avocats, apportant une approche technique, impartiale et orientée vers la résolution effective des différends.
Installé à Carthagène, Raúl a également participé à des actions de diffusion de la médiation, notamment à travers des entretiens dans les médias locaux, contribuant à rapprocher cet outil des citoyens et à le normaliser comme une option réelle et efficace de gestion des conflits.
L’entretien
Pour commencer par l’aspect le plus personnel : qui est Raúl Gómez Ojados lorsqu’il ne médie pas des conflits et n’élabore pas de rapports d’expertise ?
Raúl Gómez Ojados est une personne très humble et travailleuse, qui exerce son activité professionnelle dans une concession automobile à Carthagène et qui, depuis des années, se forme comme juriste par vocation et dans le cadre de son développement professionnel. En JANVIER 2024, il a commencé un Master en médiation civile, commerciale, pénale, du travail, communautaire et scolaire à la suite de la proposition de loi, et exerce très humblement son activité sur l’ensemble du territoire national.
Te souviens-tu de la manière et des raisons pour lesquelles tu es arrivé dans le monde de la médiation ? Était-ce une décision vocationnelle ou le fruit de ton expérience professionnelle ?
À la suite de ma formation en droit et de mon parcours juridique, un camarade de l’UNED m’a proposé la possibilité de suivre un Master en médiation, formation que j’ai réalisée avec beaucoup d’enthousiasme et d’efforts, dans le seul but de transmettre aux citoyens ce qu’est un processus de médiation, ainsi que d’en promouvoir et d’en implanter la pratique.
Sur ton site web, tu mets en avant des valeurs telles que l’impartialité, la rigueur et l’engagement. Comment ces valeurs se construisent-elles dans la pratique quotidienne de la médiation ?
Ces valeurs se construisent à travers la pédagogie, l’humilité et surtout le travail et l’effort quotidiens.
Tu proposes des services de médiation, d’expertise judiciaire et de conseil juridique. Comment ces facettes se complètent-elles dans ton travail ?
Le matin, j’exerce mon activité professionnelle dans mon entreprise jusqu’à 13 heures, et à partir de ce moment-là, je développe mon activité de conseil, de médiation et de services juridiques dans toute la Région de Murcie, tant par téléphone qu’en présentiel.
Tu interviens à Carthagène, une ville dotée d’une identité propre. Comment se présente la médiation à Carthagène ? Quels types de conflits sont les plus fréquents ?
À Carthagène, la médiation rencontre une forte réticence, sauf dans des cas ponctuels et de manière sporadique. En général, je travaille dans les zones de Murcie, Alicante, Guardamar del Segura et Madrid, en dehors du bassin méditerranéen par téléphone, ainsi qu’à travers des médiations à distance.
Si l’on élargit la perspective, comment décrirais-tu l’état actuel de la médiation dans la Région de Murcie ? Est-elle suffisamment implantée ?
L’état actuel de la médiation dans la Région de Murcie, grâce à beaucoup d’efforts, de pédagogie, de conférences dans les associations de quartier et d’entretiens dans les médias locaux, commence peu à peu à porter ses fruits.
Penses-tu que les citoyens murciens connaissent la médiation ou demeure-t-elle encore largement méconnue ?
Peu à peu, ils prennent connaissance de la médiation grâce aux différentes actions que je mène depuis le début de l’année 2024.
Médiation et avocats : une collaboration nécessaire
Tu collabores habituellement avec des avocats. Comment est aujourd’hui la relation entre avocats et médiateurs dans la Région de Murcie ?
Oui, mais cela a été un travail difficile, exigeant et prenant beaucoup de temps, par téléphone et via les réseaux sociaux depuis 2024, et surtout à travers le recensement des avocats, contactés un par un. De nombreux professionnels orientent vers la médiation et inversement. À Carthagène, nous disposons d’un bureau accessible au public, mais environ 75 % des médiations et collaborations se font avec des professionnels des districts de Carthagène et de la Communauté valencienne ; il m’arrive même parfois de me déplacer hors de la Région de Murcie.
D’après ton expérience, qu’apporte la médiation à l’exercice professionnel de l’avocature ?
La médiation offre à l’avocature une voie alternative, plus rapide, plus économique et moins conflictuelle pour résoudre les différends. Elle permet aux avocats de conseiller leurs clients dans la recherche de solutions consensuelles et satisfaisantes, de conserver le contrôle du processus et de réduire les risques procéduraux, tout en renforçant leur rôle de facilitateurs d’accords et en préservant la relation avocat-client, favorisant ainsi la satisfaction et la fidélité du client.
Que dirais-tu aux avocats qui voient encore la médiation avec méfiance ou comme une menace pour leur activité ?
Qu’ils fassent confiance aux professionnels de la médiation. L’idéal est que chaque cabinet juridique collabore avec un médiateur ou en ait un désigné, dans le respect du devoir de confidentialité, d’impartialité et du secret professionnel.
Comment évalues-tu le rôle du Barreau de Murcie dans la promotion de la médiation ? Existe-t-il une relation fluide avec les médiateurs ?
Au début de l’entrée en vigueur de la loi, la collaboration a été très limitée. Comme tu le sais, il existe un Département du Point Neutre Judiciaire qui, de manière intrajudiciaire et d’office, assure le service de médiation et de conseil au sein même du tribunal.
J’espère qu’un jour la médiation pénale sera mise en place d’office, de sorte que lorsque l’avocat est désigné d’office, un médiateur soit également désigné pour intervenir entre le prévenu et l’autorité, notamment dans les cas de délits mineurs de vol, de larcin, de stupéfiants, et lorsque l’auteur des faits est dépourvu de ressources et se voit imposer des travaux d’intérêt général.
La Loi organique 1/2025 et l’exigence de procédabilité
La Loi organique 1/2025 a entraîné un changement important. Après sa première année d’application, quel bilan en fais-tu en tant que médiateur ?
Dans la procédure civile, dans certains cas d’occupants illégaux et de débiteurs, la situation devient chaotique. Mais ce chaos ne provient pas du processus de médiation en tant que tel, mais de l’action des opérateurs judiciaires au moment d’évaluer le respect de l’exigence de procédabilité.
En pratique, des critères divergents sont appliqués par les greffiers de l’administration de la justice (LAJ). Certains considèrent suffisant le simple envoi d’un courriel dont la lecture par le destinataire est attestée, qu’il s’agisse du débiteur ou de l’occupant illégal. D’autres estiment que la certification électronique de remise après l’envoi d’un burofax — même si celui-ci n’est pas retiré par le destinataire — est suffisante.
Tout cela contraste avec ce que prévoit la norme, qui est précise sur ce point : il suffit de justifier la communication au destinataire par des moyens de communication probants, tant par voie électronique que par d’autres moyens, pour considérer que l’exigence de procédabilité est remplie et éviter l’irrecevabilité de la demande.
L’exigence de procédabilité impose de tenter un MARC avant de saisir le tribunal. Penses-tu que cela favorisera une médiation réelle ou existe-t-il un risque qu’elle devienne un simple formalisme ?
Elle favorisera une médiation réelle lorsque les citoyens prendront conscience de ce qu’implique un processus de médiation, moins coûteux, plus efficace et, dans de nombreux cas, assorti d’un acte final de médiation qui, par l’intermédiaire d’un notaire, a pleine valeur juridique en cas de non-respect.
Le système — professionnels, tribunaux, institutions — est-il prêt pour ce changement culturel ?
De nombreux professionnels du droit sont prêts, mais si l’on observe les réseaux sociaux, certains cherchent à exclure la médiation et à tenter d’abroger la Loi 1/2025, alors qu’il s’agit d’une transposition d’une directive communautaire, avec des répercussions ultérieures devant la CJUE. La médiation n’est pas anticonstitutionnelle, contrairement à ce qui est proclamé sur les réseaux sociaux ; il faut lui laisser du temps et en observer l’efficacité.
Expérience professionnelle et apprentissage
Sans entrer dans des détails confidentiels, y a-t-il un processus de médiation qui t’a particulièrement marqué ?
Un cas de médiation de voisinage dans la région d’Alicante m’a marqué. Pour des raisons de secret professionnel et de confidentialité, je ne peux pas en donner les détails, mais grâce au processus de médiation, la personne qui l’a sollicité n’a plus jamais rencontré le moindre problème.
Qu’est-ce qui est le plus difficile à expliquer à une personne qui participe pour la première fois à une médiation ?
Le plus difficile à expliquer à une personne novice en médiation est la nature volontaire et confidentielle du processus, la nécessité de faire des concessions (ce n’est pas un procès), le fait que le médiateur est impartial et ne prend pas parti, ainsi que la gestion émotionnelle, en les aidant à distinguer l’expression de leur souffrance de la construction d’une solution, et à comprendre qu’ils doivent se projeter vers l’avenir et non se focaliser uniquement sur le passé pour parvenir à un accord.
Et qu’est-ce qui est le plus satisfaisant lorsqu’un processus de médiation aboutit ?
Le fait que, grâce à ton intervention, tu aies résolu un problème avec la pleine satisfaction des deux parties et que, à la suite de cette intervention, elles fassent de nouveau appel à toi pour d’autres affaires de plus grande envergure.
Diffusion, médias et vocation pédagogique
Tu as participé à des entretiens sur des chaînes de télévision locales à Carthagène. Comment s’est passée l’expérience d’expliquer la médiation au grand public ?
Très fructueuse et satisfaisante, avec l’objectif, de manière très humble, de sensibiliser et de conscientiser les citoyens.
Penses-tu que les médias puissent jouer un rôle plus actif dans la diffusion de la médiation ?
Oui, mais par manque de connaissance, si l’on ne dispose pas d’une bonne formation et d’une planification adéquate, ils ne s’engagent pas dans la diffusion.
Je sais que tu as des préoccupations pédagogiques. Envisages-tu une implication plus directe dans l’enseignement ou la formation à la médiation ? Comment aimerais-tu le faire ?
J’aimerais mettre mon expérience au service de la formation de futurs médiateurs, mais je ne trouve pas d’institution pour le faire. Uniquement à Barcelone, à travers Logos Media, avec qui je suis en contact permanent pour la qualité de son équipe de professionnels, actuellement dans l’attente.
Regarder vers l’avenir
Comment imagines-tu la médiation en Espagne dans cinq ou dix ans ?
Totalement implantée et avec un désengorgement des tribunaux.
Que penses-tu que la médiation nécessite pour se consolider définitivement dans des régions comme la Murcie ?
Du soutien, de la diffusion, de la sensibilisation et la confiance des opérateurs juridiques et des institutions.
Pour conclure, si tu devais définir la médiation en une seule phrase, laquelle serait-ce ?
La médiation est un processus volontaire dans lequel un tiers neutre guide les parties en conflit afin que, par le dialogue et la négociation, elles trouvent et concluent une solution mutuellement acceptable, en rétablissant la communication et en résolvant le différend sans que le médiateur n’impose une décision.
Conclusion
La médiation se trouve dans une phase de consolidation et de défis. La Loi organique 1/2025, l’exigence de procédabilité et l’intérêt institutionnel croissant ont ouvert une opportunité historique pour transformer la manière dont la société aborde les conflits. Toutefois, son succès dépendra en grande partie de professionnels engagés, de la collaboration avec l’avocature et d’un engagement ferme en faveur de la pédagogie et de la diffusion.
Depuis des villes comme Carthagène et des territoires comme la Région de Murcie, des professionnels tels que Raúl Gómez Ojados montrent que la médiation n’est pas seulement une alternative au contentieux, mais une manière différente d’envisager la justice : plus proche, plus humaine et plus efficace.
Contact professionnel :
Raúl Gómez Ojados, médiateur et expert judiciaire à Carthagène
📞 Tél. 603 03 89 88
📧 mediadorjudicial45@gmail.com